Samedi matin. Tu rentres d'une sortie de 3h. Tu ouvres TrainingPeaks.

TSS : 312. Tu regardes ton CTL, ton TSB, ta "forme du jour". Tu te dis "c’est bien ma forme augmente".

C'est exactement à ce moment que tu fais l'erreur que 80 % des cyclistes amateurs équipés d'un capteur font sans s'en rendre compte. Tu pilotes ton entraînement avec une métrique qui ne mesure pas ce que tu crois qu'elle mesure.

Les 3 limites du TSS

La formule pour calculer les TSS = (NP / FTP)² × Durée (h) × 100

1. Des choix mathématiques arbitraires. L'exposant 4 pour définir la puissance normalisée a été choisi arbitrairement L'exposant 2 sur le ratio NP/FTP, pareil. Et la FTP est elle-même une extrapolation théorique d’un record de puissance 1h que tu n'as jamais réellement fait.

2. Mesure externe, pas fatigue interne. Le TSS part de tes données de puissance pour en déduire un indice de fatigue. Se fier qu’à cette métrique est une erreur, car ton capteur de puissance ne sait pas ce qu’il se passe à l’intérieur de ton corps. (Une mesure externe comme la puissance permet de savoir ce que tu as fais, mais il faut la coupler à des mesures internes: RPE, ressenti, FC, afin d’identifier la réponse de ton organisme)

3. Il induit un comportement nuisible. Pour maximiser ton TSS, tu es incité à chasser les variations d’allures en maximisant la haute intensité partout (la NP est exponentielle) Or accumuler du temps lissé à basse intensité, c'est le pilier numéro 1 de la progression long terme. Le TSS t'incite à faire l'inverse.

La vérité brutalement simple : seuls les kJ comptent

Travail (kJ) = puissance moyenne (W) × durée (s) / 1000

3h à 200 W = 2 160 kJ. Pas d'exposant arbitraire, pas d'extrapolation. Du travail mécanique réel.

Trois choses changent quand tu pivotes du TSS vers le kJ.

D'abord, la haute intensité est pondérée naturellement par la formule. 1h à 200 W = 720 kJ. 1h à 250 W = 900 kJ. Tu n'as besoin d'aucun exposant 4.

Ensuite, c'est une mesure physique impartiale. Un kJ est un kJ. Pas une projection théorique. Tracker cette mesure comme charge externe t’amène à prendre les bonnes décisions d’entraînement.

Ton comportement change. Tu lisses tes efforts. Tu priorises la régularité. Tu limite la roue libre. Et tu accumule des kJ de travail sur le long terme, ce qui est le pilier n°1 de la progresison. C'est l'inverse exact de ce que t'incite à faire le TSS.

Ce que tu dois retenir

  • Le TSS prétend mesurer la fatigue. En vrai, il mesure un mélange puissance/durée pondéré arbitrairement.

  • Il ne voit rien de ce qui se passe dans ton corps (sommeil, stress, âge, contexte).

  • Pire : il t'incite à chasser la haute intensité, alors que ta progression dépend du temps lissé à basse intensité.

  • La métrique qui ne ment pas, c'est le kJ. Travail réel, mesure physique, pondération naturelle de l'intensité. (il faut la coupler avec des mesures interne pour piloter ton entraînement)

Je finalise quelque chose qui prend cette logique au pied de la lettre. Je t'en parle dans les jours qui viennent.

À très vite,

Antonin — La Science du Cyclisme

P.S. C'est quoi ta moyenne kJ hebdo sur les 6 dernières semaines ? Réponds-moi avec ton chiffre — je te dirai si tu pars d'une base correcte.